Vallée de la Gesse - Tout en poésie

Tournesols
Champs de maïs
Paysage de coteaux
Lac de la Gimone

Lorsque le visiteur pénètre dans la vallée de la Gesse, s'il a la chance de la survoler, c'est un véritable camaïeu de verts aux tons les plus nuancés qui se présentent à lui.
Au printemps lorsque la nature explose de toute part, tout devient féérie. Les prairies qui occupent l'essentiel de l'espace offrent une palette de verts particulièrement originale. La luzerne, emblématique du pays, profite des premiers rayons de soleil pour traquer sa robe vert pâle en un magnifique vert foncé, qui seule l'esparcette lui dispute la place pour devenir ce que l'on appelait autrefois, le sainfoin du Gâtinais, paradis des abeilles.

Le Ray Grass dont on fait ces ensilages, brille de mille feux, car ses feuilles d'un vert luisant s'agitent au moindre vent. Son ondulement harmonieux rappelle les vagues de la mer, et enivre facilement celui qui se laisse surprendre.

Reléguées sur les coteaux qu'une forte pente soustrait aux cultures, ou lovées sur quelque fond de champs un peu trop humides, les prairies naturelles offrent une grande diversité de tons car plus de 100 espèces y sont représentées et parviennent à floraison de manière échelonnée. Là, coquelicots, orchidées, colchiques et rhinanthes éclaboussent de couleurs diaphanes aux vives les pentes escarpées qui plongent dans les eaux du lac de la Gimone. Majestueux, étincelant comme un miroir, il s'étire de Boulogne à Lunax, puis aux heures chaudes s'alanguit au soleil pour le plus grand bonheur des canotiers.

Dans ce pays de polyculture, où l'élevage régresse les céréales jouent des coudes pour se frayer un passage, et la vallée de la Gesse devient alors un véritable mosaïque de couleurs.

Du jaune le plus vif aux verts les plus foncées, ce sont colza, orges, avoines aux blés qui dessinent le terrain en parcelles géométriques. Mais attendons l'été, car c'est bien en été que surgit le roi, la star, celui qui envahit les plaines et déborde sur les coteaux fertiles. La Maïs, puisque il faut bien l'appeler par son nom, coloré de vert en un tour de main tous ces espaces labourés que personne n'osait occuper. Seul le soja, fleurs blanches, subtiles et délicates tente de lui disputer la place. Le tournesol, prudent, préfère les pentes douces que les eaux d'irrigation n'atteignent pas. Mélange vigoureux de jaune et de vert, il hypnotise le promeneur solitaire et embaume la campagne écrasée pas le soleil.

Mais le maïs est fort et ne se laisse pas convaincre, car il sait qu'il est indispensable et qu'à l'automne il lui faudra laisser la place. Mais peu importe après tout car il reste les arbres, qui prennent les arpents que les autres délaissent. Ils suivent les coteaux ou les terres incultes. Bois et bosquets, taillis ou forêts se déclinent en essences diverses : chênes, frênes, châtaigniers, côtoient volontiers le tremble frétillant ou le saule mélancolique. La canopée ressemble à un gigantesque bouquet d'arbres sauvages tout bigarré de verts. Chacun se prenant pour Victor Hugo à l'air de dire « s'il n'en reste qu'un je serais celui-là !».


Dans la vallée, la Gesse pareille à un serpent de verdure ondoie voluptueusement. Sa ripisylve dense et ombragée abrite une faune mélodieuse qui transforme la vallée en une symphonie de sons, de couleurs et de parfums.

Dans ce petit bout de France qui aurait pu inspirer Vivaldi dans l'écriture des quatre saisons on revient sans cesse, car l'ivresse des couleurs succède un profond sentiment de bien-être qui réconcilie l'homme et la nature.

Antoine VIVIES